Après un an et demi de travaux d’assainissement, le Foyer de la Molkenstrasse, à Zurich, fourmille de nouveau. La façade resplendit de couleurs et la qualité de vie a été améliorée.
Judith Nünlist
·
Durée de la lecture : 6 minutes
·
0 Commentaires
Josia Zirngast en discussion avec l’une des personnes concernées.
Être visibles, balayer les préjugés et établir le contact : l’ouverture vers l’extérieur a d’emblée constitué un point essentiel dans le cadre de l’assainissement du Foyer de la Molkenstrasse pour les personnes atteintes d’un handicap. C’est aussi la raison pour laquelle une journée portes ouvertes a été organisée le 1er juin. De nombreux voisins, amis et passants curieux ont saisi l’occasion de découvrir ce bâtiment chargé d’histoire. Les rencontres avec les résidentes et résidents, qui ont parlé d’eux de façon ouverte, étaient aussi au centre de cette journée. Par leur franchise, ils ont rapidement conquis le public et détendu l’atmosphère. Quant aux collaboratrices et collaborateurs, ils ont répondu avec patience et compétence à de nombreuses questions. Les visiteurs curieux ont ainsi pu se familiariser avec le concept d’hébergement protégé à l’Armée du Salut.
À petits pas vers l’indépendance
Avant cette journée portes ouvertes, les résidentes et résidents s’habituaient déjà depuis six mois à leur nouvel espace de vie. En janvier, accompagnés du personnel, ils ont en effet quitté leur foyer provisoire de la Forchstrasse pour retourner à leur adresse habituelle, située au cœur de Zurich. Le concept de cet hébergement protégé n’a pas changé : offrir un chez-soi à des personnes nécessitant un suivi léger à moyen. Quant au nouvel environnement, il profite aux pensionnaires et au personnel.
Vue sur l’arrière-cour très appréciée.
« Tout est devenu plus clair, plus accessible et plus adapté, ce qui a un effet positif sur l’ambiance », déclare Roger Berger, directeur de l’institution « Foyer et accompagnement Zurich », qui explique l’objectif visé par ce type de suivi : « Nous montrons aux gens qu’on a besoin d’eux, qu’il y a toujours quelque chose à faire, même si quelqu’un a des capacités limitées. Nous souhaitons non seulement proposer un lieu de vie à nos clientes et nos clients, mais aussi les inciter à devenir peu à peu plus indépendants. »
« Il s’agit de donner espoir. »
Roger Berger
Institutionsleiter
Hébergement protégé pour les personnes atteintes d’un handicap
Le Foyer rénové de la Molkenstrasse dispose de 65 places pour des personnes nécessitant un suivi léger à moyen. Située en plein milieu du quartier chaud de la Langstrasse, cette offre est destinée à des hommes et des femmes adultes atteints d’un handicap psychique ou d’une addiction. Les pensionnaires sont accompagnés de personnes de référence avec lesquelles ils définissent des objectifs individuels dans le but de promouvoir leur indépendance.
Même si cet assainissement est survenu de façon inattendue, en raison de fuites dans les conduites d’eau, Roger Berger se félicite de ces travaux : « Nous voulions tirer le meilleur parti de la situation et exploiter le potentiel du bâtiment. » Outre des réparations urgentes, l’occasion s’est présentée de rendre le bâtiment plus ouvert et plus adapté. « Nous répondons ainsi aux exigences de notre époque et proposons un espace de vie tourné vers l’avenir pour les personnes nécessitant un suivi, précise Roger Berger. Un tel investissement dans l’avenir est motivant aussi bien pour les résidentes et résidents que pour le personnel. » Les locataires du bâtiment et les pensionnaires se rencontrent régulièrement à différentes occasions. Ces contacts favorisent la compréhension mutuelle.
La terrasse nouvellement aménagée : une petite oasis au cœur de la ville.
Une cuisine ouverte invite à cuisiner ensemble et à passer d’agréables moments.
« Ici, les gens qui se trouvent dans les situations de vie les plus diverses sont chez eux. »
Josia Zirngast
encadrant et éducateur spécialisé en formation
Espaces ouverts pour une meilleure qualité de vie
Beaucoup de nouveautés ont des répercussions positives sur la vie au Foyer. En font notamment partie les cuisines dans les étages destinées aux pensionnaires, qui comptent désormais davantage de places pour cuisiner et qui sont bien plus accessibles et accueillantes. Comme dans chaque ménage, la cuisine fait ici aussi partie du quotidien. Les coins cuisine étroits ont disparu au profit d’espaces ouverts dotés de sièges et invitant à cuisiner ensemble et à passer d’agréables moments. L’une des cuisines a été équipée d’un très grand îlot central, où les plus enthousiastes du « groupe de cuisine » se retrouvent pour préparer à manger.
Soulignons aussi les chambres rénovées et équipées de nouveaux meubles, de salles d’eau et de fenêtres à double ou triple vitrage, qui ont ici toute leur importance, étant donné que les nuits sont rarement calmes en plein milieu du quartier animé de la Langstrasse. Ces fenêtres isolent efficacement du bruit de la rue. Par ailleurs, il n’y a plus que des chambres individuelles. Ainsi, chaque personne dispose de son propre refuge, un endroit sûr et loin de l’agitation.
« Ici, les gens qui se trouvent dans les situations de vie les plus diverses sont chez eux. »
Josia Zirngast
encadrant et éducateur spécialisé en formation
Une maison pleine de diversité et de couleurs, à l’image de ses habitants
Josia Zirngast, membre de l’équipe de prise en charge, confirme lui aussi la bonne ambiance : « Nous étions surpris de voir à quel point les résidentes et résidents ont bien intégré leur nouvel environnement. Pour celles et ceux qui habitent ici depuis de nombreuses années déjà, un tel changement est très particulier. »
Mehmet S. est l’un de ces habitants. En raison d’un trouble psychique, le jeune homme a de la peine à habiter de manière autonome. Après avoir quitté une colocation problématique pour lui, il a vécu un certain temps dans la rue. Il a commencé à boire et à se droguer pour oublier ses soucis, jusqu’à ce qu’il craque nerveusement. Son passage dans une clinique psychiatrique lui a permis de trouver le chemin de l’Armée du Salut.
Mehmet se réjouit de son emménagement dans le logement extérieur.
C’était il y a onze ans environ. Aujourd’hui, Mehmet S. dit qu’il a eu de la chance : « On m’a attribué une personne de référence, qui m’accompagne pour tout et avec qui je peux discuter de tout. D’abord, il s’agissait d’aller de nouveau régulièrement au travail. Ensuite, j’ai appris à nettoyer ma chambre moi-même et à organiser mes rendez-vous. Cela a pris du temps, mais j’y suis finalement parvenu ! » Mehmet est comblé, et cela se lit sur son visage. Demain sera un grand jour pour lui. Grâce à ses nouvelles compétences, il emménagera dans un logement décentralisé, où il ne bénéficiera plus que d’un léger suivi. Un grand pas de plus vers son objectif : vivre bientôt de façon autonome dans son propre appartement.
« Je suis très reconnaissant à l’Armée du Salut de pouvoir vivre ici. »