Il y a encore quelques années, Orestis avait une vie que beaucoup qualifieraient d’aisée. Il avait bien voyagé, étudié, travaillé, et il parlait plusieurs langues. Toutefois, à la suite de quelques mauvaises fréquentations, il s’est vu plongé dans une sévère addiction. Récemment, l’Armée du Salut lui a procuré une base solide sur laquelle reconstruire sa vie brisée par la drogue.
Raphaël Kadishi
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Durée de la lecture : 5 minutes
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« Grâce à l'Armée du Salut, j'ai retrouvé des perspectives d'avenir. »
Enfant à Genève, issu de plusieurs cultures, Orestis (45) était ouvert au monde dès son plus jeune âge. Les voyages à l’étranger était une habitude bien ancrée dans sa famille. Très vite, il a donc lui aussi pris goût aux joies du dépaysement. Ce faible pour l’exil l’a accompagné jusqu’à l’âge adulte et l’a conduit à Bucarest, où il a décidé de s’installer à ses 26 ans.
Grâce à sa formation théâtrale à Paris, il a pu rapidement intégrer le milieu du cinéma roumain, où il a œuvré en tant que traducteur et assistant de caméra. Aussi, il a investi dans plusieurs biens immobiliers, car ce marché était très avantageux à l’époque. C’est là-bas qu’il a rencontré sa première épouse, une jeune fille de la région, qui terminait ses études d’avocate.
Il continua de garder un pied en Suisse où il rendait régulièrement visite à ses grands-parents, qui ont toujours été un pilier de stabilité pour lui, en l’absence de ses parents qui travaillaient beaucoup.
Consommer pour tenir bon
Avec la montée de l’inflation, le rendu de ses investissements immobiliers et de son salaire devenait de plus en plus faible. La charge de travail devenait insoutenable : « Je travaillais en moyenne douze heures par jour, six jours par semaine », se rappelle-t-il. Cela occasionnait beaucoup de douleurs physiques. Sa femme et lui s’étaient distanciés peu à peu et, au bout de deux ans, ils ont rompu.
Dans les milieux d’artistes qu’il fréquentait circulait beaucoup de substances illicites. C’est là qu’il a rencontré sa seconde femme, une chanteuse. Sous l’influence de cet environnement, il s’est progressivement laissé entraîner dans la consommation de drogues avec elle. Au début, cela ne devait être qu’un moyen occasionnel de soulager les douleurs du travail. « Je pensais contrôler la situation. Je me trompais lourdement », reconnaît Orestis humblement.
Quelque temps plus tard, ses grands-parents sont décédés. Cela a eu un effet de désinhibition très fort sur lui et sa consommation est devenue incontrôlable. Lui qui avait toujours aimé voyager, restait soudain cantonné à quelques kilomètres autour de Bucarest pour pouvoir ses procurer ses substances.
Une carrière, une relation et un rêve brisés
Pendant la pandémie, il a perdu son emploi à cause de sa dépendance. Il avait vendu quasi tous ses biens immobiliers et ne vivait plus que de ses économies. Son second mariage battait de l’aile, lui aussi, puis a viré au divorce.
« Les drogues étaient devenues mon seul refuge. »
Orestis K.
Pourtant, Orestis nourrissait encore un rêve : monter une terrasse en bord de mer en Roumanie. Un projet qu’il avait entamé déjà avant sa bascule et qui lui aurait permis de remonter la pente. Il avait même acquis un terrain prometteur. Toutefois, celui-ci attirait beaucoup les convoitises. C’est pourquoi, il a été victime de menaces, d’intimidation, et même d’un incendie criminel. À bout, il a renoncé à tout et a vendu son terrain.
Il a alors commencé à s’isoler et les pensées sombres prenaient de plus en plus le dessus. Les drogues étaient devenues son seul refuge.
Un nouvel élan interrompu par une arrestation
Alors qu’il commençait à se laisser décrépir, proche du point de non-retour, le destin a placé une nouvelle personne sur sa route. Contre toute attente, Orestis est tombé amoureux. Il a retrouvé goût à la vie et commençait même à se libérer de ses dépendances. Quand sa nouvelle compagne est tombée enceinte peu de temps après, ils étaient heureux à l’idée de fonder une famille… Mais la vie en a décidé autrement.
Sa consommation lui a valu une détention préventive durant six mois, pour éviter les risques de fuite. « C’était un enfer », se remémore-t-il. « Il n’y avait ni soins, ni soutien, rien que des humiliations et une justice répressive ». Privée de tout contact avec lui, sa copine a fait une fausse couche.
À sa sortie, Orestis était dans un état déplorable : il n’avait ni logement, ni papiers, ni aucun effet personnel. Il était temps pour lui de quitter définitivement la Roumanie.
Retour aux sources
Avec l’aide de sa première épouse, devenue avocate à Bucarest, Orestis a pu obtenir un laisser-passer de l’ambassade suisse. Le cœur lourd, il laissa derrière lui son nouvel amour, dans l’espoir de la retrouver bientôt dans de meilleures conditions.
De retour à Genève, il était livré à lui-même au départ. « Nous n’avions plus parlé avec mes parents depuis plusieurs années à cause de mon addiction », confie-t-il d’un air désenchanté. Heureusement pour lui, il pouvait encore compter sur le soutien de quelques bons amis d’enfance, qui ne l’avaient pas oublié.
« L’Armée du Salut m’a donné un appui sur lequel me reconstruire »
Orestis K.
Avec l’aide de son ex-femme, ils ont ensuite entrepris les démarches nécessaires pour l’aider à bénéficier des services sociaux. Orestis a d’abord atterri au centre d’hébergement d’urgence de l’Armée du Salut, Le Passage. Grâce aux assistants sociaux et à ses amis, qui ont cru en lui, peu à peu, il a pu sortir la tête de l’eau.
« Grâce à l'Armée du Salut, j'ai retrouvé des perspectives », Orestis K.
Quatre murs pour se reconstruire loin des tentations
Après deux mois dans l’établissement et un traitement de substitution, ses progrès lui ont valu une chambre temporaire aux Maraîchers, des logements indépendants proposés par l’Armée du Salut aux personnes en réinsertion. « Cela faisait longtemps que je n’avais plus eu de chez-moi », reconnait-il. Il avait enfin trouvé un lieu de ressourcement, un abri contre le vol et la drogue, et surtout, une occasion de se reconstruire sur le plan personnel et administratif.
Aujourd’hui, il jouit du bonheur d’être réuni à sa compagne, qui a enfin pu le rejoindre à Genève. Ensemble, ils se reconstruisent, avec beaucoup d’amour, de respect et une foi retrouvée. Ils espèrent fonder un jour une famille et redonner ce qu’ils ont reçu.
Pour Orestis, rien n’est hasard : « Je suis conscient que je dois cette nouvelle chance à Dieu, aux prières de ceux qui m’aiment, et à l’aide précieuse de personnes que je n’oublierai jamais. Je crois que lorsque l’on garde son cœur ouvert, même brisé, la vie nous tend la main quand on en a le plus besoin. »
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